Le courage créatif
J'ai assisté à des centaines de réunions où une bonne idée est restée lettre morte.
Non pas parce que c'était une mauvaise idée. Mais parce que personne ne voulait être celui ou celle qui dirait : « Allons-y. » Tout le monde a acquiescé, quelqu'un a demandé une dernière série de modifications, et l'idée a été peaufinée jusqu'à ressembler à toutes celles qui l'avaient précédée.
C'est le cas pour la plupart des travaux créatifs. Ce n'est pas un manque d'idées, mais un manque de courage.
On a tendance à penser que le courage est l'apanage d'un certain type de personnes : les audacieux, les extravertis, les fondateurs qui imposent leur présence dans une pièce. Je n'ai pas constaté que c'était le cas. J'ai vu des personnes discrètes et prudentes surmonter leur peur et prendre des décisions courageuses. J'ai vu des personnes sûres d'elles s'effondrer dès qu'un client haussait un sourcil.
Le courage n'est pas un trait de caractère. C'est une décision que l'on prend à un moment précis, généralement lorsque le silence règne dans la pièce. On ressent l'envie de se dérober, d'ajouter une réserve, de proposer trois options sans risque plutôt que de s'engager pleinement dans l'une d'entre elles. Cette envie, c'est le moment. Ce qu'on en fait, c'est la décision.
Voici ce que les gens oublient : une idée « sans risque » n’est en réalité pas sans risque. Elle garantit la médiocrité. Un concept édulcoré donne des résultats édulcorés, et tout le monde se demande ensuite pourquoi la campagne n’a rien changé. Au moins, une idée audacieuse vous offre une chance d’obtenir quelque chose de concret.
Le courage n'est pas non plus de l'imprudence. Il doit tout de même reposer sur une véritable perspicacité. Il doit toujours être au service du travail. C'est le savoir-faire qui permet au courage de porter ses fruits, plutôt que de vous attirer des ennuis. Il faut les deux : le courage de dire la vérité, et le talent de la dire bien.
La bonne nouvelle, c'est que cela s'accumule. Chaque fois que vous abandonnez vous-même une idée peu convaincante avant que quelqu'un d'autre ne soit obligé de le faire, chaque fois que vous prenez position au lieu de tergiverser, cela devient un peu plus facile la fois suivante. À force de le faire, cela ne ressemble plus à une décision. Cela devient votre façon de travailler.
Ce n'est pas une greffe de personnalité. C'est un muscle. À force de ne pas l'utiliser, on le perd.