Le pouvoir du « non »
On nous a appris à rechercher le « oui ». Conclure l'affaire. Obtenir l'accord. Obtenir l'engagement.
Mais il existe une vérité contre-intuitive qui se cache à la vue de tous : les questions conçues pour obtenir un « non » obtiennent systématiquement de meilleurs résultats que celles qui cherchent à obtenir un « oui ».
Demandez à un prospect « Est-ce le bon moment pour discuter ? » et vous lui tendrez un piège. Il ressentira la pression. Il sentira la manipulation. Même s'il dispose de dix minutes, quelque chose en lui résistera.
Mais demandez « Est-ce que c'est un mauvais moment ? » et observez ce qui se passe.
La même personne, le même moment, la même disponibilité, mais maintenant, elle se sent maître de la situation. « Non, en fait, j'ai quelques minutes » lui vient naturellement, car vous lui avez donné le pouvoir de vous rejeter. Vous avez reconnu son autonomie au lieu d'essayer de la coincer.
Ce n'est pas de la manipulation. C'est du respect pour la psychologie humaine.
Lorsque l'on nous pose une question qui appelle une réponse affirmative, nos défenses s'activent. Nous cherchons à identifier l'engagement qui nous est demandé, l'obligation qui nous est imposée, la porte qui s'ouvre et que nous ne souhaitons peut-être pas franchir. Dire « oui » revient à capituler.
Mais « non » est synonyme de sécurité. C'est protecteur. C'est valorisant. Quand quelqu'un nous pose une question qui nous invite à répondre « non », nous nous détendons. Et paradoxalement, dans cet état de détente, nous sommes beaucoup plus enclins à nous engager de manière authentique.
Le négociateur ne demande pas « Allez-vous vous rendre ? », mais « Avez-vous renoncé à vous en sortir sain et sauf ? ». La question invite à répondre « non », et ce « non » ouvre la voie au dialogue.
Le vendeur chevronné ne demande pas « Êtes-vous prêt à acheter ? », mais « Est-ce que cela ne correspond pas du tout à vos besoins ? ». La réponse négative du client ouvre alors la véritable conversation.
Nous ne voulons pas être fermés. Nous voulons nous fermer nous-mêmes.
Les questions non orientées reconnaissent cette vérité fondamentale. Elles font passer la dynamique du pouvoir de la pression au partenariat. De la manipulation à la découverte mutuelle.
Essayez dès aujourd'hui. Au lieu de « Puis-je vous appeler demain ? », essayez « Serait-ce terrible si je vous rappelais demain ? ».
La différence entre les taux de réponse n'est pas marginale. Elle est transformatrice.
Parce que nous n'avons pas vraiment peur du « non ». Nous avons peur d'être piégés par le « oui ».