Ce que nous enseigne le jardin
Ma femme est paysagiste. Elle conçoit des espaces pour gagner sa vie : elle sait exactement comment agencer les plantes, la lumière et la composition pour créer quelque chose de beau. Mais quand il s'agit de notre propre jardin, elle sera la première à vous le dire : tout le talent de conception du monde ne suffira pas à faire prospérer une plante succulente en janvier.
Le jardin se moque bien de ce que vous savez. Ce qui l'intéresse, ce sont les saisons.
Nous travaillons tous les deux dans le domaine de la création : elle s'occupe des espaces et du style, moi de la stratégie et des idées. Nous aimons créer ensemble. Mais le jardin nous a appris quelque chose que nos professions respectives ne reconnaissent pas vraiment : tout ne se déroule pas forcément selon le calendrier que l'on s'est fixé.
Il y a le rendement, et il y a l'effort. On en parle comme s'ils étaient liés. On travaille plus dur, on obtient plus. C'est comme ça que ça marche au bureau. Mais ça ne marche pas comme ça dans les champs.
Vous pouvez préparer le sol à la perfection. Vous pouvez arroser sans relâche. Vous pouvez donner à une plante tout ce dont elle a besoin. Mais si ce n’est pas la bonne saison, il ne se passera rien. On ne peut pas forcer une plante à fleurir hors saison. On ne peut pas la faire pousser plus vite simplement en le voulant. On ne peut pas récolter ce qui n’est pas mûr, et on ne peut pas sauter l’étape de l’attente.
La vie, dans l'ensemble, ne ressemble pas à un jardin. La plupart du temps, elle récompense les efforts par des résultats, généralement selon un calendrier que l'on contrôle soi-même. Nous appliquons donc cette idée partout : si je travaille plus dur, si je fais plus d'efforts, si je me donne davantage, je peux y arriver.
Le jardin dit non.
Le jardin nous dit : tu prépares, tu t'en occupes, tu es présent. Et puis tu attends. Et cette attente n'est pas du temps perdu. L'attente, c'est la croissance que tu ne peux pas voir. L'attente, c'est la transformation qui s'opère en profondeur, dans la terre, au niveau des racines.
Certaines saisons sont faites pour semer. D'autres pour entretenir. D'autres encore pour récolter. Et d'autres pour se reposer. On ne peut pas précipiter une saison simplement parce qu'on est impatient de voir arriver la suivante. On ne peut pas sauter l'hiver sous prétexte que le printemps serait plus agréable.
Le plus difficile dans le jardinage, ce n'est pas le travail. C'est le lâcher-prise. C'est accepter qu'il y a des limites à ce que l'effort peut accomplir. Certaines choses échappent à notre contrôle. D'autres prennent le temps qu'il leur faut. Certaines échouent malgré des conditions idéales, et ce n'est pas un échec de votre part : c'est simplement ainsi que cela fonctionne.
Ma femme et moi avons appris à ne plus lutter contre le rythme des saisons. Nous avons appris ce qui pousse à quelle période, ce qui demande de la patience, ce qui a besoin d’être protégé, et ce qu’il faut savoir laisser partir. Nous avons appris qu’un jardin bien entretenu ne donnera peut-être pas exactement ce que nous espérions, mais qu’il donnera toujours quelque chose. Et généralement, quelque chose de mieux que ce que nous avions prévu.
Cela s'applique au travail. Aux relations. Aux projets que nous menons. À la personne que nous essayons de devenir.
On ne peut pas forcer un changement de carrière au mauvais moment. On ne peut pas précipiter une relation vers l'intimité. On ne peut pas fabriquer des résultats qui ne sont pas encore mûrs. On ne peut pas récolter avant que la récolte ne soit prête.
Ce que tu peux faire, c'est te préparer. Prendre soin de toi. Être présent. Identifie la phase dans laquelle tu te trouves réellement, et travaille avec elle plutôt que contre elle.
Le jardin est patient. Nous apprenons encore à l'être.
Mais nous apprenons.